Order of Premontre, Premonstratensians, Norbertines, and White Canons

Rev.mus D. Joël Houque, O. Praem.

Houque
Birth: février 8, 1946

Death: mars 25, 2015

House: Abbaye Saint-Martin de Mondaye

Frère Joël est né le 8 février 1946, fils de Roger Houque et de Jeanine Van Helle, à Le Mesnil en Weppes, un petit village de la Flandre française, entre Lys et Deule. Même si la vie devait l’éloigner du pays natal, il revendiqua toute sa vie, avec fierté, d’être flamand, et l’afficha jusque dans ses armes abbatiales, où rugit le lion des Flandres. Il revendiquera moins la ruralité de ses jeunes années, les heures passées dans les champs de tabac et de maïs. L’enfant turbulent – il avait le diable au corps, disait sa mère – reçut de ses bons parents, comme ses trois frère et sœurs, une éducation chrétienne authentique : sa foi en fut simple et droite, toute la vie, et l’amour des siens également.
 
Le jeune Joël était intelligent et travailleur : bachelier ès sciences, il « monta à la Capitale », comme on dit, pour intégrer l’Ecole Supérieure de Commerce de Paris. Il entra à 23 ans à l’abbaye de Mondaye, en août 1969 et reçut l’habit des mains du Père Abbé Paul Dupont. La joyeuse bande de dix jeunes frères (entrés entre 1965 et 1970) vivait à fond le renouveau de l’après-Concile, impulsé par les plus anciens. 
 
Frère Joël prononça ses vœux simples pour la Saint Augustin de 1971. La date, traditionnelle pour une profession, signait aussi un amour de notre Père Saint Augustin qui ne se démentira jamais. Bon connaisseur de son œuvre, fin commentateur de sa Règle, fr. Joël aimera chez Augustin la tête chercheuse de vérité et la décision de vivre en frères l’amour de Dieu. Il choisira d’ailleurs pour devise abbatiale non pas un verset de l’Ecriture mais une phrase d’Augustin : Donne ce que tu commandes, et commande ce que tu veux.
 
Pour l’instant, dix longues années (entre ses 25 et ses 35 ans !) allaient s’écouler entre cette profession simple et les vœux solennels. Tout un parcours de formation humaine et spirituelle qui devait faire la richesse du religieux que nous avons aimé. Le parcours commença par deux années (1971-1973) de coopération à Ventiane (Laos), pendant lesquelles il dirigea, comme éducateur, un foyer de jeunes étudiants. Fr. Joël fut marqué par ce séjour oriental, spécialement la découverte d’un pays bouddhiste sous régime dictatorial. Il essaya de parler lao, mais son oreille peu musicale lui interdit de persévérer ! Il s’accultura vite, et durablement, car il y avait encore à Mondaye, quarante ans après, du noc man ou du lait de soja sur table abbatiale. Il garda des amis laotiens fidèles jusqu’à ses derniers jours. En février 2004, il avait eu la joie de faire un « retour au source » au Laos, trente ans après, avec son frère et sa belle-sœur.
 
De retour du Laos, il chercha sa voie, enseignant l’économie dans un lycée de Caen, se lançant dans le syndicalisme et accueillant chez lui les réfugiés. Ensuite de quoi, le Joël « rouge » des années 70, reprit l’habit blanc à l’abbaye, où il fit profession solennelle en 1981, usque ad mortem. Ordonné prêtre en 1983 à Bayeux par Mgr Badré, il fut envoyé par le P. Abbé Gildas au prieuré de Noisy-le-Grand, pour s’initier à la vie pastorale. Le jeune vicaire était censé faire en même temps une maîtrise de théologie à l’Institut Catholique de Paris, mais la maîtrise s’enlisa dans les sables, tant la passion du ministère le prit. 
 
Rentré à l’abbaye en octobre 1984, il commença une longue carrière de serviteur. Ses belles compétences en matière de finances, de droit, et de commerce furent mises à profit par des supérieurs trop heureux : pendant quinze ans, il fut le frère économe-proviseur sérieux et efficace de Mondaye et de son activité agricole d’alors. 
 
Après l’élection du P. Pascal comme abbé, en 1989, il fut prieur et maître des novices. C’était le temps de la maturité. Prieur nordique d’un abbé méridional, ce qui n’était pas évident au départ, fr. Joël faisait un excellent second, veillant à tout et sur tous patiemment. Levé tôt, le premier à l’église chaque jour, il dirigeait la maison avec gentillesse, taquiné par ses frères sur sa 
tendance, légèrement obsessionnelle, à regarder l’horloge. Dans ces années d’activité intense – son abbé ouvrait des prieurés nouveaux, la maison était en travaux, il assurait de nombreuses conférences à l’hôtellerie, veillait sur les frères étudiants – il avait obtenu d’être également à nouveau pasteur : le repos de son cœur était de célébrer au milieu de ses fidèles des petites paroisses de Saint-Paul du Vernay ou de Castillon.
 
On s’émerveillait parfois de tant de travail : mais l’homme était rapide, ponctuel, programmé. Ses coups de téléphone duraient entre 15 secondes et 2 minutes, jamais plus, sa sieste également. La seule récréation qu’on lui connût, pendant trente ans, c’était ce déjeuner (minuté !) du mercredi midi chez Paulette et Georges, un couple d’agriculteurs de Juaye-Mondaye qui veillaient sur lui, et qu’il aimait beaucoup. Ajoutons quelques émissions de France Culture pour lesquelles il avait un faible, quelques escapades à l’occasion d’une expo de photographie (qu’il adorait), la lecture quotidienne impénitente de quelques 
articles du Monde. Pour le reste, fanatique du devoir d’état, il abattait le travail, suivait son sillon, se moquait du qu’en dira-t-on, invitait les frères à faire de même : « Bel oiseau ne plaît pas à tout le monde », disait-il, philosophe. Il aimait sa maison, il était donné. Loyauté parfaite.
 
Peu après le changement d’abbé, en 2000, fr. Joël se reposa quelques mois au prieuré de Caen, la leucémie qui devait l’emporter quinze ans plus tard avait commencé son œuvre. En 2001, il fut nommé prieur de Conques. Il partit pour le Rouergue sans trop savoir ce qui l’attendait, peut-être un peu à reculons, mais il fut, pendant trois années bénies, extrêmement heureux. On peut dire qu’il aima tout de l’abbaye de Conques, le lieu, les frères et les laïcs qui y travaillaient, les 
pèlerins (du monde entier), sainte Foy et la spiritualité du « chemin » et les généreux « hospitaliers » avec qui il créa des liens durables.
 
En 2004, administrateur de l’abbaye, il rentra à Mondaye. La confiance générale et l’estime des frères firent de lui le 47e abbé de Mondaye, le 25 octobre 2006. Le nouvel abbé n’avait que 60 ans, mais sa santé n’était pas sans donner des inquiétudes. La communauté lui réclamait une offrande de lui-même, qu’il fit avec une grande conscience et une grande paix. Il gouverna la communauté pendant sept ans, jusqu’en octobre 2013, quand les problèmes respiratoires et la fatigue devinrent trop importants. 
 
Son abbatiat fut joyeux, enlevé, presque. Il eut la joie de donner l’habit de l’Ordre à de nombreux jeunes frères, de racheter la ferme abbatiale (2007) et d’y voir faire de beaux travaux, de voir restaurer la chapelle de l’Assomption de l’abbatiale (2008), de fêter somptueusement les 150 ans de la Restauration de Mondaye (2009), de voir béatifier le prémontré normand Pierre-Adrien Toulorge (2012). Tous ces événements l’emplissaient de joie et de fierté. Plus intimement, il aimait enseigner la communauté, préparant toujours avec grand soin (et une orthodoxie irréprochable !) lors des vêtures, des professions, du mandatum, des 
vœux annuels, les allocutions qu’il donnait à ses frères. Avant la messe dominicale, sur le parvis, il accueillait les paroissiens ou fidèles venus de plus loin avec un large sourire. Aux grandes fêtes, la communauté et les fidèles aimaient l’entendre prêcher : il était drôle et profond, intéressant. Les frères le taquinaient sur quelques citations qui revenaient régulièrement : pas de Noël sans qu’on entendît, à un moment ou à un autre, la formule d’Angelus Silesius qu’il aimait tant : Quand le Christ serait né mille fois à Bethléem, s’il ne naît pas en toi, c’est en vain qu’il est né…
 
Son abbatiat fut plein de Mondaye et des prieurés, qu’il visitait avec régularité et attention, mais il garda quelques autres champs hors abbaye. Il aima son service, plusieurs années durant, aux GFU (groupes de formation universitaire), sa participation à la conférence des religieux de France (la CORREF) à laquelle il tenait beaucoup, et enfin, et surtout, sa chère Equipe Notre-Dame (END) de Bayeux, avec qui il fit un long et heureux compagnonnage. L’homme fidèle en amitié était aussi un afficionado des réunions de prêtres de son année d’ordination.
 
Après sa démission d’abbé, frère Joël reprit sa place au chœur, son travail à l’économat, disponible et obéissant, veillant discrètement dans la prière sur son jeune successeur et sur ses frères. Personne n’aurait pu penser à ce qui allait suivre : à l’homme épuisé – mais en qui l’abbé général de l’Ordre voyait le religieux expérimenté, bon diplomate, bon financier – on demanda encore de veiller sur l’abbaye provençale de Frigolet, en difficulté. Fr. Joël, qui n’avait jamais rien refusé en matière de service et de sacrifice de soi, fut nommé administrateur le 1er juillet 2014. Il délocalisa ses bombes à oxygène, trouva un nouvel hôpital de proximité, et sans perdre de temps aux cigales, travailla très bien. Sa mission se termina au mois de mars 2015. Rentré au milieu de ses frères, il s’est éteint le 25 mars 2015, en la solennité de l’Annonciation. C’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton Maître (Mt 23, 25).
 
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